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VALLEDUPAR ET LE FESTIVAL DU « VALLENATO » Valledupar sur la carte
Curieuse cette ville ! On en revient avec la vague impression d’avoir plongé pendant quelques jours dans une autre Colombie, plus proche de Macondo que de Bogotá. Festival du Vallenato oblige, je suis accueilli à l’aéroport par le roi 2005 qui s’époumone tandis que de charmantes hôtesses servent du whisky Old Parr à gogo. A 11 heures du matin sous un soleil de plomb, ça décape. D’ailleurs, mon voisin de siège dans l’avion, sponsor de cette marque, m’informe qu’il en vendra la bagatelle de 40.000 bouteilles pendant les 3 jours du festival.
Première impression en sortant de l’aéroport : L’odeur des manguiers. Il y en a partout et leurs fruits bien mûrs tombent en éclatant sans que personne ne songe à les ramasser, sauf, bien sûr, les femmes de ménage qui balaient les trottoirs chaque matin. Impression de calme aussi. Les petites rues ombragées et bordées de maisons basses donnent un certain charme à ce gros village. Le trafic est fluide, on ne se presse pas car, comme dit mon hôte, ici tout est à 10 minutes.
Nous sommes sur la « Costa », bien que Valledupar soit séparée de la mer par l’imposante Sierra Nevada de Santa Marta et ses sommets qui flirtent avec les 6.000 mètres. De l’autre coté, vers l’est, une autre chaine de montagne barre l’accès au Venezuela. Valledupar est donc encaissée dans une vallée, la vallée de Upar, du nom du cacique qui dominait la région à l’arrivée des Espagnols... Les mauvaises langues l’ont rebaptisée Valle d’Old Parr du nom du whisky précédemment cité ! ... Nous sommes sur la « Costa » et je suis donc l’invité des « Costeños » qui jouissent dans les autres régions du pays d’une réputation de fêtards accomplis. Mon hôte semble décidé à me prouver qu’elle n’est pas usurpée car, sitôt les valises posées, la maison se remplit de connaissances, de voisins et de musiciens.
Ici , les portes sont grandes ouvertes et bientôt un gamin attaque à l’accordéon, accompagné de deux compères à la « guacharaca » et à la « caja », les deux autres instruments de base du Vallenato. C’est un virtuose. D’ailleurs il a été élu « rey del vallenato » (roi du vallenato) il y a quelques années, mais il m’explique qu’il a dû arrêter pour préparer son bac. Puis d’autres, des adultes, le remplacent. Je ne sais plus qui est qui dans ce tourbillon car ici les familles sont nombreuses. Par exemple, le premier Lacouture arrivé de Bordeaux il y a un siècle et demi aurait donné son nom à 3.800 personnes à l’heure actuelle.
La « parranda » continue toute l’après-midi. Le Vallenato raconte des histoires et des légendes que j’ai du mal à comprendre car il faut être au fait de la culture locale pour en saisir le sens et parfois les double sens. Entre deux airs, les présents racontent d’autres histoires. Pas toujours très drôles. Des histoires de guérilla et de paramilitaires. Les noms de Salvatore Mancuso ou de Jorge 40 reviennent souvent dans la conversation. Pas une famille qui n’ait été touchée par un enlèvement de 2 ou 3 mois, voire plus. Parfois cela s’est bien passé, parfois non. Ils racontent et ils rigolent.
Et puis, il faut passer aux choses sérieuses : le « vallenato ». Le festival est un concours avec ses éliminatoires, ses demi-finales et sa finale. Le vainqueur de la catégorie professionnelle aura sa carrière toute tracée. Enregistrement de Cd, tournées dans le pays et à l’étranger. Car, au contraire de ce que l’on pourrait penser le « vallenato » s’exporte et engendre un commerce lucratif. Un artiste de renom touche 20 millions de pesos par soirée. Le vallenato a des fans dans le monde entier. On me raconte d’ailleurs qu’un groupe français est venu il y a deux ans et qu’il a remporté un franc succès. Les artistes sont respectés. Certains passeront à la postérité comme Emiliano Zuleta ou Rafael Escalona. Leurs paroles qui chantent la vie avec ses joies et ses peines seront sur toutes les lèvres pendant quelques jours, quelques mois ou pour toujours.
Bruno CHADUTEAU
PS : Sur la place principale, une immense statue symbolise ‘’la révolution en marche’’, doctrine politique du président Alfonso Lopez Pumarejo dans les années 30. Sur la plaque, on peut lire les mots suivants: ‘’Una republica campesina como la nuestra necesita leyes mas justas y mas democráticas sobre la propiedad de la tierra, sobre su uso y sobre las relaciones entre el dueño de la tierra y el trabajador asalariado’’