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TRAVERSÉE DE LA SIERRA NEVADA DE COCUY Sierra Nevada de Cocuy sur la carte
Un voyage commence souvent longtemps avant le voyage. On le rêve en écoutant les uns et les autres, en regardant des photos ou en examinant des cartes et puis un jour, une occasion se présente et on se décide
Mais, cette fois-ci, l’examen détaillé de la carte me préoccupe car le Parc National du Cocuy est délimité par la courbe de niveau 4000, ce qui signifie que nous devrons marcher en permanence au dessus de 4000 mètres. Je suis en forme, mais je sais également qu’à partir d’une certaine altitude des symptômes désagréables peuvent apparaitre parmi lesquels maux de tête et perte d’équilibre à cause du manque d’oxygène.
La préparation constitue le deuxième sujet de préoccupation. Il faut porter ce que l’on emmène et donc évaluer le caractère indispensable de chaque objet ainsi que la quantité de nourriture dont nous aurons besoin. Je tente de calculer tant bien que mal la quantité de protéines, d’hydrates de carbone, de sucres lents ou rapides qui me seront nécessaires tout au long de ces huit jours. Pour la partie vêtements et matériel, la boutique ‘’Tatoo’’ sur la Cra 15 à Bogotá est bien achalandée et dispose de tout le nécessaire.
1er janvier, 21 heures, terminal de bus de Bogotá. On se croirait dans un aéroport. Les hauts parleurs annoncent les départs pour toutes les régions du pays. Notre bus est bondé comme tous les autres d’ailleurs et c’est parti pour 10 heures sur fond de salsa ou de vallenato. C’est aussi long qu’un voyage vers Paris, mais le bus est plutôt plus confortable. Arrivé dans le petit village du Cocuy, nous nous rendons sur la place principale où une gigantesque maquette de la Sierra nous permet d’imaginer ce que nous allons traverser. Nous repartons juchés sur l’arrière d’un camion et nous grimpons jusqu’au lieu-dit « cabañas de kanwara », au pied du « Ritacuba blanco », où nous installons notre premier campement à 3950 mètres d’altitude.
La Sierra Nevada de Cocuy (nom auquel il faudrait ajouter celui de Guican car il existe une rivalité entre les deux villages) se trouve à la limite nord de l’état du Boyacá. C’est une chaine constituée de 17 sommets recouverts de glaciers permanents qui se répartissent en deux lignes séparées par une vallée dont l’altitude moyenne est de l’ordre de 4.400 mètres. C’est cette dépression que nous allons parcourir selon un axe nord sud. La Sierra borde les llanos, 4000 mètres plus bas. Les sommets les plus connus sont le « Ritacuba Blanco » et le « Pan de Azucar » qui culminent autour de 5200 mètres.
1er jour : Acclimatation. Il convient avant tout de s’acclimater à l’altitude et la meilleure solution est de monter puis de redescendre. Au retour, les sensations sont toutes autres. C’est donc une journée longue, d’une dizaine d’heures, pendant laquelle nous gravissons les flancs du « Ritacuba Blanco ». Nous atteignons le glacier vers 4700 mètres qui, presque partout en Colombie est l’isotherme 0. La glace craque sous nos pas, le pied s’enfonce légèrement ce qui nous permet de progresser sans trop de difficultés, bien que pour la plupart, nous ne disposions ni de crampons ni de piolets. Nous décidons de faire demi-tour vers 13 heures, alors que les altimètres indiquent 5010 mètres. La descente est toujours plus difficile que la montée. D’abord parce la fatigue se fait sentir, mais aussi parce que la coordination des mouvements est moins précise. Fatigue musculaire donc, mais également articulaire. Le soir, plusieurs d’entre nous se plaindront qui du talon d’Achille, qui des genoux ou des chevilles.
Le lendemain, c’est le vrai départ. Journée facile puisque nous ne portons que le « morral de asalto », ce petit sac à dos dans lequel nous ne mettons que l’essentiel pour la journée. Des mules portent le plus gros de nos bagages, c'est-à-dire les tentes, les réchauds à gaz, les piolets et la nourriture. Les muletiers (« arrieros ») nous doublent à la vitesse de l’éclair. Ils portent des bottes en caoutchouc ainsi qu’un simple poncho (« ruana »). Ils n’ont besoin ni de tablettes ni de boissons énergétiques pour parcourir en deux heures ce que nous faisons en quatre. En montagne, on apprend l’humilité ! Arrivée superbe à la « laguna grande de los verdes » en fin d’après midi. L’air est glacé et transparent. Dès que la nuit tombe la température devient négative et d’ailleurs il va neiger au petit matin sur le campement.
Nous attaquons le lendemain la première vraie difficulté. Le « boqueron » ou « el paso de la Sierra », c’est à dire le col de la Sierra à 4650 mètres. Je suis surpris et même ému par toutes ces fleurs qui poussent au milieu de la pierraille. Il y a les fameux « fraijelones » que l’on retrouve en grande quantité dans tous les paramos de Colombie. Mais il y aussi les très beaux « senecios », sorte de marguerite toutes jaunes aux tiges et aux feuilles pleines de poils qui les protègent du froid. Quelques oiseaux également, dont un qui serait un condor au dire de notre guide. (La distance n’a pas permis de le confirmer). Il en resterait 4 dans le Cocuy et 8 dans les Nevados.
Les deux jours qui suivent constituent le plat de résistance du voyage : Fini les mules car il n’y a plus de sentier. Nous devons porter l’ensemble du matériel. Mon sac, mal pensé sans doute, dépasse les 20 kilos. Nous traversons la magnifique vallée « de los cojines », un équilibre écologique exceptionnel constitué de plantes en formes de coussins qui ‘’nagent’’ sur un sol imbibé d’eau provenant de la fonte des glaciers tout proches. Dès le départ nous avons en point de mire le terrible « Paso del Castillo » qui, comme son nom l’indique, est une forteresse qui semble inexpugnable. Je parcours les 500 derniers mètres ‘’au mental’’. Avancer un pied, souffler, avancer l’autre, souffler et recommencer. La descente est encore pire car nous sommes dans un dédale de rochers chaotique et nous devons parfois poser les sacs pour s’aider des mains afin de passer d’un rocher à l’autre. Mais le paysage est grandiose. Les lagunes, dans lesquelles se reflètent les glaciers bleutés, ont toutes des tons différents. A chaque arrêt, c’est un spectacle magique qui s’offre à nous.
Le deuxième jour de marche avec tout l’équipement nous conduit jusqu’au joyau de la Sierra : La Laguna de la Plaza. Mauvais temps tout au long de cette très longue journée. Partis à 6 heures, nous arrivons alors que la nuit tombe. La brume nous empêche d’admirer la lagune dont nous faisons le tour. Notre guide Javier, très expérimenté, se repère grâce au GPS, mais également à l’aide des « mojones » ( cairn en français), ces tas de pierres empilés par ceux qui nous ont précédés et qui théoriquement se voient de loin. Je m’endors sitôt la tente montée et le matériel rangé.
Après une nuit de repos réparateur, je suis réveillé avant l’aube par Javier. Il s’agit de ne pas manquer le lever du soleil. L’endroit et l’instant sont réellement exceptionnels. Dans la lagune bleu marine se reflètent le « Pan de Azucar » et le « Diamante » que le soleil éclaire en lumière rasante. En se tournant un peu, nous avons à nos pieds une mer de nuages qui recouvre les immenses étendues des llanos. Ces instants magiques au cœur d’un paysage d’une beauté indescriptible valent à eux seuls tous les efforts que nous avons déployés tout au long de la semaine et je crois pouvoir dire qu’ils resteront gravés dans ma mémoire à tout jamais.
Bruno Chaduteau.
Fiche technique :
- La corporacion Clorofila Urbana organise des voyages de tous niveaux dans toutes les régions de la Colombie. Site internet : www.clorofilaurbana.org
- Matériel : Tatoo sur la 15 avec la 98 et ADM sur la 15 avec la 88.
- Photos : Toutes les photos du voyage ainsi que celles d’autres régions sont sur mon site internet : www.takinoma.com
