LE MUSÉE DE L'OR

Situé devant le Parque Santander, Calle 16 No. 5-41, en plein centre historique de la ville.

Il fut fondé en 1939, à l'initiative de la Banque de la République de Colombie, pour sauver ce qui restait encore de l'extraordinaire patrimoine d'orfèvrerie pré-hispanique légué par les différentes civilisations précolombiennes qui coexistèrent et se succédèrent dans le pays : Quimbaya, Tairona, Sinu, Calima, Muisca, Tolima, Magdalena, etc... Le Musée de l'Or de Bogotá possède des pièces de 14 cultures indigènes provenant principalement de la Cordillère ou région Andine mais aussi du littoral caraïbe et de la Sierra Nevada. Il compte de plus de 35 000 pièces d'or et de tumbaga, alliage principalement constitué d'or et de cuivre, 20 000 pièces en os, coquillages, tissus et céramiques, ainsi que quelques momies de tribus indigènes colombiennes. C’est le premier musée du genre dans le monde (avant celui de la Russie, du Pérou et du Costa-Rica), tant par sa taille que par les soins de préservation prodigués aux trésors collectionnés. C’est en effet la plus importante collection de pièces d’orfèvrerie préhispanique du monde, témoins de l’histoire de sociétés anciennes au passé glorieux, maitresses dans l’art de l’orfèvrerie et les techniques du travail des métaux précieux (filigrane, martèlement, technique de la « cire perdue », oxydation, …). La première acquisition, pièce symbolique du musée, fut le Poporo Quimbaya. Le bâtiment abritant actuellement le musée de l'Or à Bogotá a été construit par l'architecte Germán Samper et inauguré en 1968.

SES MISSIONS

Selon la définition de l’UNESCO d’un musée, « Il s’agit d’une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et en vue de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, communique et expose, pour des fins d’étude, d’éducation et de plaisir, les témoignages matériels de l’être humain et de son milieu ambiant ».
Le Musée de l’Or de Bogotá y travaille et ses missions sont :

  • La sauvegarde et préservation d’objets artistiques et utilitaires, de métal et autres matériaux, créés par les cultures archéologiques colombiennes préhispaniques, considérées comme patrimoine culturel du pays.
  • Étude et classification selon les régions et époques, donnant ainsi un sens à cette collection.
  • Diffusion et exposition : faire connaitre, à travers ces objets et leur histoire, la richesse culturelle colombienne. Malheureusement, nombre de ces objets font partie de collections privées en Colombie et à l'étranger, et ne sont donc pas accessibles au public.

SES PIÈCES

MÉTAUX, SYMBOLIQUE ET TRAVAIL DE L’ORFÈVRERIE

La visite du musée révèle une collection d'orfèvrerie préhispanique unique au monde, illustrant avec un luxe de raffinement les préoccupations esthétiques, philosophiques et religieuses de ces peuples orfèvres. Les pièces retrouvées ont été réalisées 1500 ans avant l'arrivée des colonisateurs espagnols. Au terme de la visite, l’entrée dans le Salon Doré, où sont rassemblés 12 000 objets d'or scintillant au gré de jeux d'éclairages et musique mixée d’instruments autochtones, est envoûtante.
Les indigènes travaillaient l'or, l'argent, le platine et le cuivre, extraits manuellement du lit des rivières. Le platine, que l’on trouve dans la région de Tumaco, fut travaillé par les indiens Calimas et l’argent par les indiens Pastos de la région de Nariño.
Pour les cultures préhispaniques, les métaux avaient un aspect symbolique du fait de leur intime relation avec la terre, considérée par les tribus indigènes comme un être vivant.
Pour eux, l'or représentait la couleur ou « la sueur du soleil», symbole du pouvoir, et l'argent «les larmes de la lune». Les pièces fabriquées servaient de décorations personnelles (souvent associées à l’exercice du pouvoir ou expression extérieure des castes), bijoux (colliers, boucles d’oreille, bracelets, narigueras ou « boucles de nez », pectoraux, broches), ustensiles domestiques (hameçons, aiguilles, peignes, …). D’autres avaient un caractère cérémonial, soit comme offrandes funéraires lors d’enterrements (permettant le retour à la terre des réalisations artistiques métalliques), soit utilisées par les chamanes au cours de cérémonies d’adoration des dieux, dont le plus important était SUA, le « Soleil ». Enfin, les poporos étaient des récipients portés par les hommes, contenant de la chaux (carbonate de calcium) fabriquée à base de poudre de coquillages cuits dans la braise. Cette poudre était soustraite du poporo grâce à une sorte de « baguette » d’or ou de bois, puis sucée au cours du mâchage de la feuille de coca (hayo). De ce mélange résulte la libération des substances psychoactives de la plante. Cette dernière est encore considérée de nos jours, par les tribus indigènes fidèles à leurs traditions ancestrales, comme une plante sacrée, associée au pouvoir, à la sagesse et facilitant le contact avec les dieux.
Une des « pièces maitresses » du musée est aussi la « Balsa de El Dorado », représentation en filigrane d’or d’une cérémonie religieuse où le cacique s’enduisait de poudre d’or et se couvrait de bijoux pour ensuite se plonger dans la Laguna de Guatavita, lac situé non loin de Bogotá, à l’origine de la « Légende de El Dorado » suite aux récits des conquistadores.
Par ailleurs, les productions artistiques représentaient la plupart du temps des figures zoomorphes et antropomorphes. En effet, les animaux et leurs différents habitats incarnaient la symbiose entre les milieux terrestre et céleste, entre les hommes et les dieux, entre l’obscurité et la lumière, autant de symboles de la dualité de l’être.
Les cultures précolombiennes furent de véritables spécialistes en métallurgie et certaines de leurs œuvres sont encore actuellement un mystère technologique. On considère qu’il y a eu au moins 20 siècles de travail en orfèvrerie.

TEXTILES ET CÉRAMIQUES

Au Musée de l’Or, sont exposés également près de 140 sortes de textiles de l'époque préhispanique constituant un véritable trésor du fait de leur bon état de conservation. Ceux qui ont été retrouvés au côté de pièces de cuivres se sont conservés grâce à l’oxydation du cuivre. En revanche, l’or ne s’oxydant pas, les textiles retrouvés près de ce matériau se sont malheureusement dégradés. Dans la région du Quindio, les indiens Quimbayas utilisaient aussi l'or pour se vêtir et employaient les techniques les plus raffinées en orfèvrerie. Les Calimas de la région de la vallée du Cauca, les indiens Pastos et les autres indigènes de la région de Nariño ont utilisé des mélanges de différentes fibres pour leurs tissages, certaines incluant des fils d’or ou de cuivre.

Les céramiques sont aussi riches tant par leurs formes et décorations, que par leur usage soit domestique, soit rituel musical (ocarinas ou « flutes »), soit funéraire (urnes, figures humaines, …). Selon, les études réalisées certaines de ces pièces auraient été élaborées 4000 ans avant JC, et sont considérées comme les céramiques les plus anciennes découvertes en Amérique.

MOMIES, DOLMENS ET HYPOGÉES

« Une momie indigène, affectueusement nommée Rosita, fut exposée au public il y a quelques années, mais elle ne l'est plus aujourd'hui par respect des traditions ancestrales. Selon les études, il s’agirait de la momie d'une femme qui aurait été prêtresse Muisca. Elle a été retrouvée sur le Paramo de Pisba , où la température fut propice à sa conservation, entourée de quelques objets de métal et d'un sac ou mochila tissée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elle est actuellement conservée « en coulisses », enveloppée dans plusieurs épaisseurs de tissu de laine de mouton. » (Alba Lucía Jimenez)
Des représentations de dolmens (grandes statues zoomorphes principalement « homme-jaguar ») et hypogées (tombes souterraines taillées dans la roche) sont exposées dans le musée, en maquettes ou photos, mettant l’accent sur les cultures de San Agustin et Tierradentro, déclarées « Patrimoine Culturel de l’Humanité » par l’UNESCO.

Le Musée de l’Or de Bogotá, sous les auspices de la Banque de la République de Colombie, contribue donc à protéger le patrimoine archéologique du pays et à promouvoir la connaissance des traditions millénaires d'orfèvrerie colombienne, motif d’orgueil et facteur de sentiment d’appartenance populaire, ainsi que d’admiration générale. Le musée voyage de façon permanente et est ainsi considéré comme un ambassadeur culturel important du pays.

La Colombie possède aussi des Musées de l'Or régionaux à Armenia, Cali, Pasto, Leticia,… et le tout dernier-né à Carthagène.

Nicole Benoit.