LE MAL D’ALTITUDE

COMMENT LE DÉTECTER, SES CAUSES ET SON TRAITEMENT.

- QU’EST-CE QUE LE MAL D’ALTITUDE ?

Le Mal d’Altitude ou Mal des Montagnes, aussi appelé “Soroche” et pour les anglosaxons “Accute Mountain Sickness” (AMS) correspond à un ensemble de symptômes de gravité variable, apparaissant à la montée en altitude, surtout en cas d’ascension trop rapide chez les randonneurs, lors d’efforts physiques importants, de froid intense, ou à l’atterrissage en altitude, ne permettant pas l’acclimatation progressive (exemple de La Paz au Pérou, en particulier, se trouvant à 4100 m d’altitude).

- COMMENT SE MANIFESTE-T-IL ?

Il est fréquent qu’à l’arrivée à Bogotá, les sujets puissent ressentir une grande fatigue, des maux de tête, insomnie, inappétence, nausées et parfois vertiges, oedèmes des mains et des chevilles. Ces symptômes apparaissent en 4 à 6 h, sont maximum entre 12 et 16 h et s’atténuent en 3 – 4 jours. Ceci correspond au Mal Aigu des Montagnes (MAM ), pouvant apparaitre dès 2000 m d’altitude. La plupart du temps, les symptômes cèdent avec le repos et un anti-inflammatoire. En général, à Bogotá, les choses se résument à ce tableau bénin. Il est perçu chez environ 30 % des sujets, à des niveaux d’intensité variable.
À un degré supérieur, peuvent survenir des céphalées (maux de tête) intenses, pulsatiles, permanentes, ne cédant pas avec les mesures habituelles, des vomissements en jet, profus, fatigue importante, troubles de la vue, de l’humeur, de la coordination, de l’équilibre, dûs à un oedème cérébral ( Oedème Aigu Cérébral: OAC, appelé aussi Oedème Cerebral de Haute Altitude: OCHA ).
L’OAC peut donner à un stade ultérieur, sans traitement, des troubles de conscience, confusion, hallucinations et même convulsions et coma, mais à des altitudes bien supérieures à celle de Bogotá (à partir de 4000 m ) et en général chez les grimpeurs de haute montagne n’ayant pas respecté l’ascension en paliers.
De même, il peut se produire un Oedème Aigu des Poumons ( OAP ) ou Oedème Pulmonaire de Haute Altitude ( OPHA) à suspecter en cas de difficulté respiratoire et tachycardie ( accélération du pouls) au repos, toux sèche, cyanose, etc...
L’OCHA et l’OPHA surviennent plus tardivement, au bout de 2 ou 3 jours, ils sont annoncés par l’ensemble des signes du MAM, et représentent des urgences vitales.

- QUELLE EN EST LA CAUSE ?

Tout ceci est la conséquence de l’hypoxie (manque d’oxygène) régnant en haute altitude. Lorsqu’il se trouve dans un environnement appauvri en oxygène, l’organisme humain met en oeuvre des mécanismes de défense pour y suppléer, afin de maintenir une bonne oxygénation des tissus, en particulier des organes “nobles”, comme le cerveau, le coeur et les reins. Ces phénomènes compensatoires sont l’augmentation du rythme cardiaque et du rythme respiratoire (c’est pour cela qu’à l’arrivée en altitude, les personnes s’essoufflent ou présentent des “palpitations” au moindre effort, à la marche un peu trop rapide ou à la montée d’escaliers). Parfois, ces processus sont “dépassés” et surviennent alors les complications de “l’hypoxie non compensée” (par l’intermédiaire de réactions chimiques dans le sang et les tissus, provoquant une accumulation de liquides: oedèmes) et l’apparition des symptômes mentionnés plus haut.

- N’IMPORTE QUI PEUT EN SOUFFRIR ?

Absolument tout le monde peut en souffrir. Même les alpinistes entrainés peuvent expérimenter le MAM ou même un OCHA ou OPHA s’ils sont imprudents, s’ils présentent une prédisposition génétique, ou s’ils souffrent d’une maladie intercurrente au moment de l’ascension (rhume, grippe, ...). Tous les sujets transportés rapidement en haute altitude en souffrent.
Il existe quand même des facteurs de risque tels que la vitesse d’ascension, l’altitude absolue atteinte, des efforts physiques soutenus pendant un temps prolongé, la résidence habituelle à moins de 900 m et l’âge (les sujets les plus exposés sont les nouveaux-nés et les personnes âgées). Y ajouter, en ce qui concerne les grandes villes des plateaux andins: la pollution non négligeable.

- EXISTE-T-IL DES MOYENS DE PRÉVENTION ? ET COMMENT DOIT SE FAIRE L’ADAPTATION À L’ALTITUDE ? .

  • À l’arrivée à Bogotá, il faut rester au repos pendant les premiers jours, éviter les efforts trop violents, marcher tranquillement, monter les escaliers ou les rues pentues par paliers, en s’arrêtant lorsqu’apparaissent essoufflement, tachycardie ou sensation d’étourdissement ( s’asseoir ou au mieux s’allonger dans ce cas, les jambes légèrement surélevées), manger léger avec un régime plutôt riche en hydrates de carbone. Évitez l’alcool, la cigarrette et les somnifères. Ne montez pas tout de suite en visite à Monserrate ou Vía a la Calera (plus de 3000 m), attendez 5 à 6 jours. Il n’est pas justifié de prendre des médicaments préventifs à l’altitude de Bogotá (2640 m). Néanmoins, certaines personnes présentent une susceptibilité particulière à l’altitude, se traduisant par l’apparition précoce des symptômes de MAM. Celles-ci, pourraient éventuellement bénéficier d’une prévention médicamenteuse et doivent consulter un médecin avant de voyager pour Bogotá.

  • En ce qui concerne les randonneurs de haute montagne, la progression doit être adaptée à chaque cas. Les “pros” recommandent de ne pas progresser de plus de 500 m de dénivelé en 24 h au delà de 3500 m d’altitude, et dès 4000 m, de 150 m par jour. Il faut également suivre un régime aussi riche en sucre, permettant une meilleure utilisation de l’oxygène et bien s’hydrater. Certains recommandent à titre préventif, des médicaments évitant ou pouvant retarder l’apparition des symptômes de MAM, mais ces médicaments peuvent masquer les premiers signes. L’idéal est l’acclimatation naturelle et progressive du corps au milieu ambiant.
    En phytothérapie, certaines personnes préconisent la prise de Ginkgo Biloba qui serait efficace dans la prévention du MAM. D’autres, dans les Andes, assurent que le maté de coca a le même effet, mais il s’agirait d’ un mythe: les infusions de coca ont en fait une action digestive et n’agissent pas sur les facteurs déclenchants du MAM.

- QUEL EST SON TRAITEMENT D’URGENCE ? .

  • En cas de randonneurs de haute montagne, arrêter de monter dès la survenue des symptômes, jusqu’à leur disparition. S’ils ne cèdent pas ou s’ils augmentent, le traitement d’urgence est la redescente immédiate jusqu’au palier précédent (le MAM disparait immédiatement à la descente), et dans les cas graves, la mise sous oxygène ou/et, selon disponibilité, la recompression dans un caisson hyperbare. Ces mesures sont accompagnées de traitements médicamenteux.

  • Heureusement, à l’altitude de Bogotá, ce risque n’existe pas chez une personne en bonne santé, et l’adaptation à l’altitude se fait progressivement en quelques jours, au maximum 3 semaines (c’est le temps nécessaire pour qu’une augmentation efficace des globules rouges, “polyglobulie”, ait lieu).

  • À noter: les aéroports sont pourvus de balles d’oxygène et les hôpitaux et cliniques de Bogotá et des grandes villes de Colombie sont à même de recevoir toute sorte d’urgences.

- Y A-T-IL DES CONTRINDICATIONS À UN SÉJOUR EN ALTITUDE ?

Il existe des contrindications formelles (c’est à dire absolues) aux voyages en haute montagne:

  • Maladies cardio-vasculaires non stabilisées ( Insuffisance coronarienne, insuffisance cardiaque, troubles du rythme )

  • Insuffisance vasculaire cérébrale

  • Insuffisance respiratoire chronique

  • Certaines maladies sanguines ( maladies thrombo-emboliques, anémie, hémoglobinopathies, …)

  • Affections psychiatriques graves

  • Antécédents d’ OCHA ou OPHA

  • Enfants de moins de 12 mois au dessus de 2000 m.

Certaines contrindications sont relatives (pour lesquelles l’ascension est plutôt déconseillée, mais peut être autorisée, selon avis médical): .

  • Grossesse dans les premier et troisième trimestres .

  • Maladie cardiaque stabilisée .

  • Bronchite chronique . Enfant de moins de 18 mois au dessus de 2000 m

  • Maladies chroniques, comme le diabète insulino-dépendant, ou autres nécessitant une surveillance régulière ou des injections fréquentes

  • Épilepsie

  • Asthme déclanché par le froid ou l’effort

  • Psychisme fragile

  • Migraines sévères résistant aux traitements habituels

  • Affections de la rétine

  • Antécédents mineurs de thrombose (paraphlébites, …) . Obésité.

Avant le départ, il est donc souhaitable de demander un avis médical spécialisé. Seul votre médecin traitant est apte à évaluer les risques, selon votre âge, votre état de santé, les conditions du voyage, l’altitude du lieu où vous devez vous rendre et ce que vous allez y faire.

- LES ENFANTS ONT-ILS PLUS DE PROBLÈMES QUE LES ADULTES ?

En dessous de 2000 m pour les nouveaux-nés et les nourrissons, et de 3000 m pour les enfants de plus de 2 ans, il n’y a pas de risque majeur. À plus haute altitude, il est possible que le risque de mort subite du nourrisson soit plus élevé. Il faut donc évaluer les raisons du déplacement des parents (professionnel, … ). Le MAM peut être aussi difficile à identifier chez le petit enfant.

En conclusion:

Prudence, ne pas monter trop haut ni trop vite!

TOUT SIGNE ANORMAL, AU COURS D’UNE RANDONNÉE EN HAUTE MONTAGNE, DOIT ENTRAINER UNE DESCENTE RAPIDE, ADMINISTRATION D’OXYGÈNE ET UNE CONSULTATION MÉDICALE D’URGENCE.

CONSULTEZ UN MÉDECIN, À L’ATTERRISSAGE EN ALTITUDE, OU DURANT LES PREMIÈRES SEMAINES DU SÉJOUR, EN CAS DE SYMPTOMATOLOGIE INHABITUELLE.

En effet, les difficultés d’adaptation à l’altitude peuvent révéler un problème de santé sous-jacent et jusqu’alors inconnu du sujet.

 

Dr Nicole BENOIT.