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La Colombie possède la faune la plus diversifiée du monde, en raison de sa position géographique dans la zone intertropicale, qui la convertit en un plateau d'échange biotique obligatoire entre le nord et le sud de l'Amérique, grâce à sa variété de climats et à son histoire géologique.
Sur 1.300.000 espèces vivantes connues aujourd'hui, ou plus exactement répertoriées par les zoologues, la Colombie, en compte 10 %, alors que sa superficie représente moins de 1 % de terres émergées du globe...
La faune colombienne est très riche en espèces, mais très pauvre en individus. Dans la forêt humide de l'Amazonie ou celle du Choco, on peut passer des heures sans voir voler un oiseau ou apercevoir un quadrupède... Sur un hectare de forêt, il existe une telle diversité d'arbres qu'il est bien difficile d'en dénombrer une demie douzaine de chaque type; de même pour la faune.
Depuis le lointain tertiaire, il y a 60 millions d'années environ, époque à laquelle l'isthme centre-américain s'enfonça et disparut sous la mer, l'Amérique du Sud fut plongée dans une longue période d'isolement, ce qui permit le développement et la diversification d'espèces de caractéristiques primitives, telles les marsupiaux, les tatous, les paresseux, les fourmiliers, entre autres.
Plus tard, pénétrèrent des espèces dites «sauteuses» comme les rongeurs et les primates (profitant du chapelet de petites îles séparant le continent de l'Amérique du Nord) qui évoluèrent dans des directions différentes à celles du reste du monde.
Finalement, la communication nord-sud fut rétablie voilà 3 millions d'années et ainsi furent renoués les échanges fauniques avec l'arrivée des derniers migrants, cette troisième vague étant composée de cerfs, de tapirs, chevaux, d'ours, de «chiens» - autrement dit de canidés. Cette invasion, tardive explique le peu de variété dans ces espèces.
Par contre, le territoire colombien, caractérisé par son hétérogénéité offre les conditions nécessaires pour qu'existe une faune considérablement variée : les bois de hautes montagnes des Andes, les étendues de savane dans les Llanos Orientales, l'immense forêt tropicale de l'Amazonie, les vallées du Magdalena et du Cauca, les « manglares » (palétuviers) de la côte Pacifique, les bois secs de la côte des Caraïbes …
Dans les bois de la Cordillère des Andes, où s'est créé un habitat particulier en raison des différentes températures, l'humidité atmosphérique a rendu possible l'existence d'un mélange végétal riche en fleurs nectarines. C'est donc là que l'on rencontrera les colibris endémiques d'Amérique, qui s'alimentent de nectar. Plus haut, les Paramos représentent le terrain d'élection pour les cerfs, les lièvres, l'ours à lunettes, le tapir des paramos, le puma. Et bien sûr le «roi des oiseaux»: le condor, emblème du pays.
Les Llanos abritent une multitude de rongeurs dont le plus célèbre est sûrement le «chigüiro», de nombreux cervidés, le « pécari » ou sanglier américain.
On rencontrera dans les bois de galeries ornant les fleuves une grande diversité de singes, qui vivent également dans la forêt tropicale, ainsi qu'une avifaune dont la variété est tout simplement éblouissante...
Il faudrait dire deux mots sur la faune des eaux qui peuple les nombreux fleuves colombiens, notamment dans l'Orénoque et en Amazonie. Un poisson, le plus grand, a pour nom «piracucu» ou «paiche» et peut (plus de 150 kilos). L'un des plus petits est le «gupi» qui mesure à peine 2 cm. Diverses espèces de poissons-chats, certainement les plus célèbre, abondent dans ces fleuves et sont plus connus sous les noms de : «bagre », « tigre» (le plus apprécié), "nicuro barbudo" (le plus petit.). Le «temblón», parent du bagre et douloureusement connu par ses décharges électriques qui peuvent paralyser un cheval ou laisser inconscient un homme, peuple aussi les fleuves colombiens : c'est l' « anguille électrique », dont la queue représente les 4/5 de la longueur totale.
Les rivières des Llanos, ainsi que certains affluents du Magdalena, abritent une raie (« raya ») d'eau douce particulièrement dangereuse par les blessures qu'elle occasionne avec le dard dentelé de sa queue. Dans l'Amazone, l'Orénoque et leurs énormes affluents vivent quelques grands mammifères adaptés au milieu marin : les lamantins (« manati »).
Ce sont les fameuses «sirènes» aperçues par les conquistadors espagnols, animaux au corps cylindrique noir et gris, pouvant peser plus de 350 kg, une espèce totalement inoffensive et malheureusement presque éteinte...
On rencontre aussi occasionnellement dans l’Amazone, le Putumayo et l’Orénoque le dauphin d’eau douce ou « dauphin rose », joueur intelligent comme son parent marin, et qui peut peser jusqu'à 200 kg.
Dans la forêt tropicale et les bois de montagnes humides habitent de nombreux amphibiens, grenouilles et crapauds. Les forêts humides colombiennes habritent la plus grande diversité au monde de grenouilles. Certaines espèces sont marsupiales (elles portent leurs oeufs puis leurs têtards, dans une poche sur le dos), d'autres sont vénéneuses (c'est le cas de la rainette «cocor» dont le venin, le plus puissant de tout le règne animal, plus puissant que le curare, était utilisé par les indiens du Choco pour empoisonner leurs flèches). D'autres encore ont acquis une énorme résistance au froid et vivent dans les « Paramos », à la limite des neiges éternelles.
Bien qu'improprement appelés reptiles aquatiques, ce sont de magnifiques nageurs et ils vivent près des fleuves, des marécages et des zones humides. Dans la classe des reptiles, la famille des boas est particulièrement bien représentée ; citons le célèbre anaconda, le plus grand de tous (15 m et plus), qui se nourrit de petits mammifères, oiseaux et oeufs. Il chasse en étouffant ses proies d'où son nom de «constrictor».
Du côté des sauriens, la Colombie possède un crocodile nommé « narigudo » ou «caiman agujo» qui mesure au plus 5 m. La «babilla» est plus commune et se rencontre dans tous les canaux, fleuves, lacs de l'Amazonie-Orénoquie, dans les marécages des vallées du Magdalena, Cauca, San Jorge et Atrato. D'autres espèces plus rares - presque éteintes - sont le « caïman novi » et les caïmans de l'Amazonie, connus sous le nom de «yacarés» ou «cachirres». La valeur de leur peau les a condamnés à l'extinction, l'homme étant leur plus grand ennemi.
Dans la forêt humide tropicale où la végétation est reine, les insectes abondent naturellement. Ainsi que la faune qui s'en nourrit : de nombreux oiseaux insectivores, mais aussi des mammifères spécialisés. Un des plus curieux est le fourmilier (« oso hormiguero gigante »), son doux nom latin signifiant «mangeur de fourmis à trois doigts». Il peut mesurer jusqu'à deux mètres et peser 60 kg. Ses deux autres cousins «osos», contrairement à lui, habitent les arbres et sont capables d'utiliser leur queue préhensile comme un cinquième membre.
Tous les bois colombiens jusqu'à 2.500 m d'altitude connaissent ce petit marsupial dont la réputation de voleur d'oeufs le met quelque peu en péril : il s'agit de la sarigue (« fara » ou « runcho »), difficile à apercevoir car de moeurs nocturnes.
Dans la correspondance de Christophe Colomb à la Cour d'Isabel Fernando, on a trouvé une lettre entière consacrée à la description des oiseaux du Nouveau Monde : infinité de couleurs qui durent ahurir les européens et dont les représentants multicolores peuplent la forêt humide en Orénoque : aras (« guacamayas »), perroquets (« loros »), perruches (« pericos »), cacatoès (« cotorras »), toucans, et bien d'autre encore dont le nom évoque simplement leurs splendides couleur cardinaux, «azulejos», «toche rojo», « pajaro monseigneur». En outre, faut signaler cette merveille: presque tous sont d’ experts chanteurs.
Le voyageur pourra être surpris et ravi au cours de ses périples par l'apparition dans les Llanos Orientaux et l'Orénoque vers la mi juillet de millions d'aigrettes (« garzas ») blanches, grises, écarlates, rouges bleues, presque noires, roses... ou par le curieux ballet des flamands roses (« flamencos ») pêchant dans les basses eaux en Guajira.
Les insectes représentent le régime alimentaire de centaines d'oiseaux guêpiers (« abejeros »), pics (« carpinteros »), canaris et tant d'autres. Certains, comme les toucans, varient leurs régimes habituels lorsqu'ils ne trouvent pas de fruits et s'accommodent fort bien de petits lézards ou de serpents. Grand insectivore également le coq de roche (« gallo de roca »), dont la danse nuptiale est mondialement connue, se fait très rare en Colombie.
Une grande partie des milliers d'oiseaux qui vivent sur le territoire colombien sont frugivores (ils se nourrissent de fruits) : toucans, perroquets, aras et d'autres, comme les brillants et rapides colibris s'alimentent du nectar des fleurs.
Tous les oiseaux ne vivent pas de fruits, de nectar ou d'insectes, il existe un groupe de pêcheurs, chasseurs et nécrophages (mangeurs de «charogne») dont la majeure partie vit dans les étages thermiques chauds et tempérés. Mais le plus grand de tous, le condor, occupe un territoire plus haut, à savoir les Andes. D'une envergure de 3 m, cet oiseau magestueux dont l’ espèce est unique dans la Cordillère, n’a qu’un parent, le condor de Californie. Les derniers exemplaires de cette espèce en totale extinction se rencontrent dans la Sierra Nevada de Santa Marta et les alentours du volcan de Sotará.
Contrairement à ce que l'on pense, le condor n'est pas «le roi des charognards», titre donné à un autre oiseau, dont le plumage attire plus l'attention et dont le bec est redouté par ses congénères à table : «el rey golero» ou «alguacil».
Quant aux autres charognards aux teintes plus funèbres - les fameux «chulos» - ils sont très abondants aux abords des agglomérations où ils accomplissent une fonction très hygiénique : le nettoyage des déchets et poubelles !
Parmi les trésors rapportés en trophées dans les cours européennes, après la conquête, on trouve de nombreux oiseaux de proies destinés à la Fauconnerie. Ces aigles sont capables de suivre sans la perdre de vue leur victime à travers l'épaisseur d'un bois. Le plus «doué» de ces rapaces est sans aucun doute la harpie qui habite dans la forêt tropicale où Paresseux, singes, reptiles, serpents et iguanes participent à son menu quotidien. Moins aptes à la chasse en forêt, les éperviers et vautours se cantonnent plutôt dans les vallées chaudes et sèches (Guajira, Cesar, Magdalena, etc).
D'une agilité surprenante, il faut mentionner le martin pêcheur, représenté par au moins 5 espèces en Colombie, qui vit en solitaire sur les rives des fleuves et marécages.
Entre terre et ciel, à la différence de leurs cousins africains ou asiatiques, les singes colombiens se suspendent aux branches par la queue; chose impossible pour les autres... puisqu'ils n'en possèdent pas !
En Colombie existe l'unique primate au monde de moeurs nocturnes, du genre Aotos, aux yeux énormes de chouette, que l'on rencontre sur le versant pacifique colombien et dont les cris sont particulièrement sonores grâce à sa pomme d'Adam, transformée chez lui en caisse de résonance.
Dans les zones forestières, on rencontre plusieurs espèces de «titi», les singes les plus primitifs du monde qui s'alimentent de fruits, insectes et végétaux (titi à tête blanche, titi gris, titi nain...).
Le singe hurleur est sans doute le plus abondant dans les forêts colombiennes.
Le singe araignée ou atèle (« narinonda ») est l'un des plus caractéristiques et champion intégral du déplacement arboré; on le rencontre dans les forêts humides d'Amazonie et les bois du versant pacifique.
Connaissez-vous les rois de l'apathie ?... Ce sont les plus lents des vertébrés qui doivent accomplir l'impératif de survie, à savoir « manger et ne pas être mangé» : voici les «Paresseux», dont le succès réside à passer inaperçus. Etres insolites, qui se meuvent avec une exquise lenteur dans les cimes des arbres les plus hauts et vivent pendus aux branches grâce à, leur forme de crochets. Difficiles à apercevoir, on s'en doute!
Très abondants jadis en Colombie, les «cuirassés» ou tatous (armadillos : sont maintenant fort rares). Ce nom leur fut donné par les conquérants : espagnols qui comparèrent leur carapace à une armure. Des mots indigènes le désignant, il n'en reste que deux : «tatue» et «quirquincho». Ces animaux primitifs s'alimentent d'insectes, d'invertébrés et de quelques végétaux, et sont au nombre de 6 espèces en Colombie qui se répartissent dans les zones chaudes, les savanes et bois alentours.
Confondu par sa grande taille et sa forme peu commune, le savant Humboldt le présenta aux européens comme un parent du cochon sauvage ! Pourtant, le capibara, alias «chigüiro», est bel et bien un rongeur le plus grand au monde de surcroît. Alors qu'il occupait jadis tout le territoire colombien, son aire de répartition se limite aux zones du Casanare, du bas Orénoque et de l'Amazonie. Passant le plus clair de son temps dans les mares et sur les berges des rivières, ce nageur magnifique possède trois grands ennemis : les caïmans, les félins et... l'homme, ce dernier s'étant révélé le pire.
Parmi les rongeurs «curieux», il faut signaler ceux qui sont épineux, très répandus en Colombie : les porcs-épics.
Les cervidés, derniers arrivés en Amérique du Sud, ont dû se disputer avec d'autres leur milieu écologique. L'espèce du cerf à queue blanche (« coliblanco ») en voie d'extinction dans les Andes, se rencontre parfois dans les plaines des Caraïbes, les vallées du Magdalena et du Cauca, les Llanos Orientaux, l'Orénoque et l'Amazonie. Le cerf de montagne, quant à lui, se compte à quelques exemplaires dans les Andes et la Sierra Nevada. Il est plus petit et le mâle possède des bois courts.
Elément fondamental de la mythologie indigène, pour presque tous les groupes humains habitant la forêt, il est le symbole de la force, de l'astuce, de la connaissance! Son nom qui vient du mot indien «yaguara», signifie «celui qui tue d'un saut»: le jaguar, unique grand félin d'Amérique du Sud est un chasseur de la forêt et des plaines, excellent grimpeur et nageur de surcroît. Rares sont les animaux qui lui échappent: caïmans, boas, ou anaconda, cervidés, pécari, capibara, paresseux, singes...
Appartenant au groupe des petits félins, on trouve l'ocelot - plus connu sous le nom de «tigrillo» - un chasseur nocturne passant la majeure partie de son temps dans les arbres.
Les contreforts des Cordillères, les zones forestières et les hautes montagnes abritent le puma, ou «lion américain» qui, à l'opposé des autres félins, ne possède pas de taches sur sa fourrure. En Colombie, tout porte à croire que s'il n'a pas totalement disparu, Il n'en reste que quelques exemplaires.
En voie d'extinction également les loutres (« nutrias »), en raison des prix élevés payés pour la fourrure de ces excellentes nageuses.
Dans les savanes on peut rencontrer un autre petit carnivore bien connu, le renard (« zorro ») qui s'alimente principalement d'oiseaux, de rongeurs et de batraciens.
Les zones les plus hautes de la Cordillère Centrale abritent l'ours à lunettes dont il reste peu d'exemplaires, bien qu'il soit considéré avec le condor comme l'emblème de la nation. C'est le seul ours sud-américain, l'unique espèce de l'hémisphère sud et le plus mal connu de tous les ours.

