L'EPOQUE PRE-HISPANIQUE :

         Avant l'arrivée des espagnols sur le territoire colombien, la région était habitée par de nombreuses tribus d'indiens. Grâce à sa situation géographique, plusieurs influences culturelles y ont conflué : Amérique Centrale, Caraïbe, Amazonique et Inca.

         Les premiers vestiges historiques trouvés en Colombie datent de 12.400 avant notre ère. Les hommes de cette époque utilisaient la pierre taillée et vivaient de la chasse, la pêche et la cueillette, menant généralement une vie de nomades.

         Il existe plusieurs théories sur l'origine du peuplement de la Colombie. La plus grande partie des indigènes précolombiens étaient certainement des descendants de groupes originaires d'Asie ayant pénétré en Amérique par le Détroit de Béring. Mais d'autres migrations originaires du Sud-Est asiatique et de Polynésie auraient également pénétré sur le territoire colombien en différentes vagues et à différentes époques.

         A partir de l'an 10.000 av. JC. environ, de nombreuses peuplades occupent le territoire colombien, vivant de la chasse et de la cueillette. Vers l'an 7.000, avec la fin de la dernière glaciation et l'adoucissement des températures, commencent à apparaître lentement l'agriculture et la domestication de certaines espèces. A partir du V ème siècle de notre ère surgissent des sociétés organisées socialement et politiquement. Ces sociétés très diversifiées avaient atteint des degrés de développement culturel et social différents. Chaque groupe s'était parfaitement adapté à la région qu'il habitait, et certains y subsistent encore actuellement.

         Longtemps avant l'arrivée des espagnols, l'actuelle Colombie était donc peuplée par de nombreuses tribus indigènes, dont certaines avaient atteint un haut degré de civilisation, ainsi que le prouvent non seulement les chroniques mais aussi les vestiges qui nous sont parvenus: architecture, céramique, travail de la pierre, orfèvrerie. Le travail de l'or est sans doute le plus spectaculaire, et les orfèvres précolombiens étaient de véritables maîtres dans ce domaine. Grâce à différentes techniques (martelage, repoussage, fonte à la «cire perdue», dorage par oxydation) ils créaient des pièces de grande beauté, ayant des caractéristiques propres à chaque culture et à sa zone de rayonnement. On regroupe habituellement ces sociétés colombiennes pré-hispaniques en deux grands groupes culturels : le premier et le plus ancien étant celui du Sud-Ouest (qui comprend les cultures Tumaco, Calima, San Agustin, Tierradentro, Tolima, Quimbaya et Nariño), et le plus récent celui du Centre et du Nord (Sinú, Muisca et Tairona).

Les peuples du Sud-Ouest

         Cette région fut habitée entre 500 av. JC. et l'an 1.000 de notre ère, par les cultures orfèvres les plus anciennes du territoire de l'actuelle Colombie, possédant une organisation socio-politique complexe, qui leur permit une grande spécialisation dans leur travail.

         Tumaco : région qui correspond à la côte pacifique du département de Nariño, cette culture est appelée «la Tolita » en Equateur, et se situe chronologiquement vers 500-400 av.JC. pour ses débuts. Elle est surtout connue pour sa céramique, qui comprend des objets fabriqués au moule représentant essentiellement des personnages d'un grand réalisme et d'une grande variété, caractérisés par la déformation du crâne. C'est dans cette région que l'on a trouvé l'or le plus ancien de Colombie, datant du IVème siècle av. JC. Les orfèvres réalisaient de grands masques à gueule de jaguar et des pectoraux par la technique du martelage et du repoussage.

         Calima : région comprise entre la partie haute des fleuves Calima et Dagua, occupée dès l'an 5.000 av. JC. Zone fertile, elle fut habitée par différents groupes agriculteurs et sédentaires.

        - Pendant la période « Ilama » (1.500 av JC. - 100 ap.JC.), les habitants de la région ont produit une céramique décorée avec des incisions, dont des vases zoomorphes et antropomorphes (comme les «patones» ou personnages à grosses jambes en position debout, et les «canasteros» accroupis portant un grand panier sur leur dos). L'orfèvrerie est alors à ses débuts.

         - Pendant la période « Yotoco » (100 av. JC. - 1.300 ap. JC.) l'agriculture devient intensive, et c'est alors que se produisent les grands travaux d'aménagement de terrasses sur les flancs des montagnes. La céramique de cette période ressemble beaucoup à la précédente, mais à présent la décoration se fait au moyen de peinture négative et les incisions ne sont plus utilisées. C'est à cette époque que l'orfèvrerie atteint toute sa splendeur. Il s'agit de pièces fabriquées à partir de plaques et de feuilles d'or martelées et repoussées pour obtenir les reliefs désirés. Les orfèvres fabriquent de splendides pectoraux, des masques, des diadèmes, des bracelets, des récipients de toutes sortes (dont de magnifiques «poporos» pour conserver la «cal» nécessaire à la consommation des feuilles de coca).

         - Pendant la période « Somo » (1.100 - 1.600 ap. JC.), la céramique se fabrique en série, et les pièces produites sont très différentes des périodes précédentes. Les orfèvres utilisent essentiellement la technique de la fonte à la cire perdue, mais la production diminue et se simplifie.

         San Agustin : région située dans le haut Magdalena, entre les Cordillères Centrale et Orientale, habitée entre 3.300 av. JC. et 1.600 ap. JC. par des sociétés qui ont laissé des vestiges d'une architecture monumentale (monticules, statues et grands monolithes taillés qui atteignent deux mètres de haut). Plus que de véritables statues, il s'agit de reliefs qui représentent des figures humaines ayant les bras le long du corps ou repliés sur le ventre, et avec les pieds tournés vers l'extérieur. Les yeux sont énormes, ainsi que la bouche ou plutôt la gueule de jaguar d'où sortent deux énormes crocs. Les pièces d'orfèvrerie retrouvées correspondent essentiellement à des diadèmes, bracelets et pectoraux.

         Tierradentro : région située non loin de la précédente, entre les fleuves Paez et Negro, très connue pour les hypogées qui y figurent, construites dès le VIème siècle de notre ère. Ces tombes, creusées dans un sol d'origine volcanique à vingt mètres de profondeur, se composent d'un escalier en colimaçon ou en zig-zag, et d'une grande chambre entourée de niches dans lesquelles étaient déposées les urnes funéraires. Les murs et le plafond des hypogées étaient recouverts de peintures rouges et noires représentant l'intérieur d'une hutte. Certaines pièces d'orfèvrerie rappellent celles de San Agustin.

         Tolima : ce terme est utilisé pour désigner une série de manifestations culturelles qui se sont produites dans la région de la vallée intermédiaire du Magdalena, zone de passage obligé dans les mouvements de peuplements et commerciaux. C'est là qu'habitait entre autres le féroce groupe des « Pijaos ». La céramique la plus ancienne comprend des vases décorés avec des incisions, et se diversifie beaucoup ensuite. Les pièces d'orfèvrerie les plus caractéristiques sont les pectoraux en forme de coeur et les représentations en forme d'oiseaux et d'hommes ailés très schématisés, assez énigmatiques.

         Nariño : cette région de hauts plateaux située au Sud du pays a été habitée par deux groupes très différents, appelés « Piartal » et « Capuli », entre le VII ème et le XVII ème siècle. Il s'agissait probablement de groupes originaires d'Equateur, ayant peu de points communs avec les autres habitants du Sud de la Colombie.

         - La culture « Piartal » (750 - 1.250) construisait des maisons sur les flancs des montagnes et fabriquait, grâce à une technologie sophistiquée, des objets en bois et en céramique, des perruques, et des textiles. Les orfèvres utilisaient beaucoup le «tumbaga », et le dorage par oxydation pour obtenir des pièces multicolores comme les disques giratoires.

         - La culture « Capuli » (800 - 1.500) enterrait ses morts dans des tombes pouvant atteindre 30 à 40 mètres de profondeur, et élaborait une belle céramique décorée avec de la peinture rouge et noire, dont les pièces les plus connues sont les fameux «coqueros». L'orfèvrerie se caractérise par l'utilisation d'un or de bonne qualité pour l'élaboration de boucles d'oreilles circulaires représentant des visages humains ou des gueules de jaguar, des pectoraux en forme d'oiseaux, des «oreje ras».

         Quimbaya : ce terme désigne les cultures qui habitèrent la vallée du Cauca, dans les départements actuels de Caldas, Risaralda et Antioquia, entre le III ème et le XVIl ème siècle. La production de céramique fut très variée, mais les pièces les plus célèbres sont les «retablos», représentations assez schématisées de personnages assis. Excellents orfèvres, ils perfectionnèrent les techniques de la fonte pour fabriquer des pièces massives et des récipients creux. Les objets les plus admirés sont les «poporos » (anthropomorphes, zoomorphes ou phytomorphes) et les représentations humaines, mais ils fabriquèrent également des pectoraux, des masques et des diadèmes, des casques, des bijoux de toutes tailles.

Les Peuples du nord et du centre

         Ces groupes se développèrent plus tardivement que les précédents, et existaient encore à l'arrivée des Espagnols.

         Les Sinus : ils habitèrent les vallées tropicales du nord de la Colombie, région marécageuse qu'ils avaient assainie au moyen de la construction de canaux qui recouvraient 500.000 hectares de terrain. Le territoire était divisé en trois grandes provinces gouvernées par de grands «caciques». Ils fabriquaient une céramique décorée par le modelage et les incisions. Les orfèvres travaillaient l'or fin et le « tumbaga » pour l'élaboration de pectoraux, d' « orejeras» et de «narigueras », de couronnements de bâtons de commandement, et de ,représentations de la faune de la région, essentiellement par la technique de la fonte à la cire perdue.

         Les Taironas : des groupes humains habitèrent la Sierra Nevada de Santa Marta dès le Xème siècle av.JC., mais leur organisation socio-politique ne se produit qu'au début de notre ère, pour atteindre son plus haut degré vers l'an mille. Ils habitaient essentiellement dans des villages, dont 200 ont été retrouvés, les plus connus étant « Pueblito » et « Ciudad Perdida », et nous ont laissé d'importants témoignages architecturaux : les principaux sites archéologiques comprennent des vestiges de temples, de huttes, d'escaliers, de chemins, de canaux, de ponts et toutes sortes de travaux en pierre. Ces villes étaient construites comme de véritables filtres, puisque tout y était conçu pour permettre l'écoulement des eaux en évitant ainsi la détérioration des constructions. Cela explique que ces villes, après 400 ans d'abandon, recouvertes par la végétation, et saccagées par les «guaqueros», nous apparaissent, grâce au travail des archéologues, en assez bon état. La céramique tairona est aussi variée que riche: élaborée avec de la terre rouge, noire ou marron, décorée essentiellement avec des incisions, elle comprend aussi bien des objets d'usage domestique que des récipients destinés au rituel. Les orfèvres utilisaient surtout la technique de la fonte à la cire perdue pour élaborer des pièces splendides : « orejeras » , « narigueras », pectoraux, pendentifs, diadèmes, colliers. Les représentations zoomorphes (oiseaux, jaguars, grenouilles, serpents, lézards, chauves-souris) sont abondantes, ainsi que les personnages mythiques (homme-oiseau, homme-chauve-souris).

         Les Muiscas : agriculteurs qui occupaient les hauts plateaux de la cordillère orientale entre le VIIIème et la fin du XVIème siècle, et appartenaient à deux confédérations rivales gouvernées par deux puissants caciques : le « Zipa » (région de Bogotá) et le « Zaque » (région de Tunja). Leur société et leur organisation socio-politique étaient d’une grande complexité, et leur système économique se basait essentiellement sur l’agriculture (maïs, pomme de terre, « yuca ») et le commerce (sel des mines de Zipaquirá et Nemocon, émeraudes de Muzo, couvertures de coton, objets en or). Il n’a pas été trouvé de vestiges de grandes villes, ni de constructions en pierre, puisqu’ils utilisaient essentiellement le bois pour la fabrication de leurs huttes ou «bohios» et des hautes palissades ou « cercados » qui entouraient et protégeaient leurs villages. Les orfèvres, qui connaissaient toutes les techniques de la métallurgie de l’or, étaient excellents. Ils fabriquaient des objets décoratifs et destinés aux rituels, ainsi que des bijoux, bien que sans atteindre la perfection des finitions d’autres peuples. Les éléments les plus connus de l’orfèvrerie Muiscas sont les célèbres «tunjos», représentations humaines très réalistes destinées à servir d’offrandes au cours des cérémonies religieuses.

LA DÉCOUVERTE ET LA CONQUÈTE

En 1499 Alonso de Ojeda, Juan de La Cosa et Américo Vespucio réalisent le premier voyage autorisé après les trois premiers voyages de Colomb. Ils parcourent la côte de l'actuel Vénézuela et atteignent le Cabo de la Vela, sur la Péninsule de la Guajira (limite orientale de l'actuelle Colombie). En 1501 - 1502, Rodrigo de Bastidas et La Cosa, après avoir également parcouru la côte vénézuélienne, dépassent le Cabo de la Vela et découvrent tout le littoral atlantique colombien, la Sierra Nevada de Santa Marta et la baie du même nom, le «Río Grande de la Magdalena» qu'ils baptisent, l'incroyable port de Cartagena et les îles Sinu, le golfe d'Uraba, et atteignent l'isthme de Panama. Juan de La Cosa longe à nouveau le littoral nord de l'Amérique du Sud entre 1504 et 1506, et y réalise les explorations les importantes et les plus complètes.

Ferdinand le Catholique décide alors la colonisation de la région qui semble très riche. Les deux premières expéditions de peuplement autorisent Alonso de Ojeda et Diego de Nicuesa à s'établir sur les côtes de Uraba et de Veragua (1510). Ils reçoivent en plus le titre de Gouverneur de leurs provinces respectives : la Nueva Andalucia (qui s'étend du Cabo de la Vela au golfe d'Uraba) pour Ojeda, et le Darién ou Castilla deI Oro pour Diego de Nicuesa.

Les débuts de la colonisation sont difficiles, car il faut faire face à des indiens hostiles et guerriers qui rendent dangeureuse l'exploration de l'intérieur des terres. Ces gouvernements seront de courte durée, car en 1514 Pedrarias Davila, un homme de 74 ans, obtient le titre de gouverneur et capitaine général de la «Castilla del Oro», province qui comprend non seulement le Panama, mais aussi toute la côte atlantique colombienne, du cabo de la Vela à Veragua. Le climat va décimer son expédition, et nombreux sont ceux qui décident de rentrer en Espagne. Ceux qui restent vont fonder un peu plus tard la ville de Panama (1519).

Après la fondation de Panama, le centre des activités de découverte et de conquête se déplace vers le Pacifique, et la côte atlantique perd de l'importance jusqu'à l'arrivée de Bastidas à Santa Marta et la fondation de la ville, 7 ans plus tard. Après cela, les expéditions vers l'intérieur des terres se multiplient, et remontent le long de principaux fleuves.

         La côte Pacifique est explorée en 1522 par Pascual de Andagoya, parti à la recherche d'un riche pays appelé «Biru». Ensuite, c'est la première expédition de Pizarro qui va en 1524-1525 parcourir le littoral pacifique colombien.

         En 1525, la pénétration à l'intérieur des terres est encore très réduite, et l'on ne connait de l'actuelle Colombie que le littoral. C'est à partir de cette date que vont commencer la véritable colonisation et la conquête, à partir de deux bases de départ : la côte atlantique (Santa Marta et Cartagena) et le Pérou, c'est-à-dire depuis le Nord et le Sud, jusqu'à atteindre les hauts plateaux de la cordillère orientale, dans la région de Bogotá. Après la fondation de Santa Marta en 1526 et celle de Cartagena de lndias en 1533, les expéditions se succèdent vers l'intérieur, en suivant le cours des fleuves.

         L'intérieur du pays est atteint par Gonzalo Jimenez de Quesada, qui obtient en 1536 le commandement d'une expédition devant remonter le Magdalena, et quitte Santa Marta avec un millier d'hommes. Il va finalement découvir le haut plateau où habitent les Muiscas, et fonder Santafé de Bogotá en 1538. Au même moment d'autres expéditions parcourent les Llanos Orientales (celle de l'allemand Nicolas de Federmann), ou traversent le territoire depuis le Sud (celle de Sebastian de Belalcazar, fondateur de Quito, Cali et Popayan, et compagnon de Pizarro).

LA PÉRIODE COLONIALE

XVIème Siècle

         La période des explorations et des fondations systématiques commence dans les années 30 du XVIè siècle. Les villes sont fondées essentiellement en suivant deux axes parallèles : la vallée du Cauca et les hauts plateaux de la cordillère orientale. C'est ainsi que sont fondées entre autres villes: Mompox, Tunja, Neiva et Pasto (1539), Ibagué (1550), Villeta (1551) et Honda (1565).

         La « Audiencia de Santa Fé » est créée par Charles Quint en 1549, et les terres qui composent aujourd'hui le Panama et la Colombie (sauf quelques départements du sud qui dépendaient de la « Presidencia de Quito ») reçoivent le nom de « Nueva Granada ».

         Parmi les faits les plus importants de cette période se trouvent l'insurrection de Alvaro de Oyon, qui refuse l'autorité royale (1553) et de Lope de Aguirre (1561), et les attaques de pirates et corsaires aux villes côtières (Drake pille Cartagena en 1586 et Santa Marta en 1596).

XVIIème Siècle

         La colonisation se poursuit avec la fondation de villes comme Baranquilla (1629), Socorro (1681) et Medellin (1640), ainsi que d'universités et collèges (essentiellement par les Dominicains et les Jésuites). Le labeur d'évangélisation et de réduction continue, l'Inquisition s'établit à Cartagena, pendant que Pedro Claver devient l'Apôtre des « nègres».

         Santa Marta et Cartagena souffrent à nouveau des attaques des pirates français et anglais.

La Vice-Royauté

         La Vice-Royauté est créée une première fois en 1718, pour disparaître en 1723. Elle s'établit définitivement en 1739, et comprend les provinces de Santa Fé, Cartagena, Santa Marta, Maracaibo, Caracas, Antioquia, Guayana, Popayán et la « Audiencia de Quito » (c'est-à-dire à peu près le territoire actuel de la Colombie, de l'Equateur et du Vénézuela).

         Pendant cette période, Cartagena subit à nouveau l'assaut des pirates, essentiellement en 1740 et 1741, mais l'Amiral anglais Vernon doit finalement renoncer à prendre la ville, défendue héroiquement par Blas de Lezo.

         L'organisation socio-politique coloniale se base essentiellement sur l'existence de différents groupes ou castes : blancs (espagnols européens et « criollos» nés sur place), métis, indiens, noirs et mulâtres. La richesse se trouve entre les mains des blancs, mais les «criollos » accèdent rarement au pouvoir. La couronne nomme les hauts fonctionnaires, toujours péninsulaires, ce qui provoque le mécontentement des « criollos » désirant participer à la vie politique du pays.

         Après la création de la Vice-Royauté, la colonie se développe, avec la création de missions, d'écoles, de voies de communication, avec le renforcement de l'économie grâce à la culture du quinquina et du tabac et à l'exploitation des mines de charbon, d'or, d'émeraudes et de sel.

         La richesse de la colonie se manifeste dans son architecture civile et religieuse, ainsi que dans la production artistique : forts militaires, édifices et places publiques, magnifiques et riches églises, nombreux tableaux et ornements (bijoux et ostensoirs ornés de précieuses gemmes).

         Le XVIIIè siècle est également celui des «réformes», qui se produisent dans tout l'empire espagnol après l'avènement des Bourbons. Elles se manifestent dans tous les domaines, au grand déplaisir de certains : administration, gouvernement, économie. Pendant le gouvernement du Vice-Roi Caballero y Gongora, José Celestino Mutis organise et dirige l' « Expédition Botanique» pour étudier la faune, la flore et la minéralogie. Cette entreprise atteint des proportions énormes, et Mutis laissera à sa mort, en plus des enseignements à ses disciples, de nombreux manuscrits, des herbiers, des planches représentant des milliers d'espèces, des collections de bois, de coquillages, de minéraux et de peaux.

         Mais il existe de nombreux motifs de mécontentement en Nouvelle Grenade. Les « criollos» supportent de plus en plus mal l'attitude des «espagnols européens», qui accaparent le pouvoir. Les Américains estiment qu'ils ont le droit d'accéder aux postes importants du gouvernement et de l'administration, et de diriger le destin de leur patrie, dans laquelle ils considèrent que les Péninsulaires ne sont que des étrangers. Ces antagonismes entre créoles et espagnols se manifestent en diverses occasions. L'un des signes précurseurs des guerres d'indépendance est le soulèvement des «Comuneros del Socorro» en 1781. Une petite armée de terriens et de citadins quitte El Socorro pour avancer vers Bogotá, afin d'y présenter ses revendications. Le compromis, appelé «capitulaciones», est signé par l'archevêque au Puente del Comun à l'entrée de la capitale. Ce document, qui admet l'exercice du pouvoir par les « nationaux américains», ne sera pas respecté, et les chefs «comuneros» seront exécutés.

L'INDÉPENDANCE

         A la fin du XVIIIè siècle, la soif de liberté s'accentue et Antonio Nariño, « précurseur» de l'Indépendance, prépare les esprits pour la révolution, en traduisant les Droits de l'Homme et du Citoyen. Il est pour cela emprisonné en 1794.

         L'invasion des armées napoléoniennes en Espagne et l'intronisation de Joseph Bonaparte en remplacement de Charles IV et de son fils Ferdinand, provoque un mouvement de refus et de résistance à l'envahisseur dans toute la Péninsule Ibérique. Surgissent des « Juntas», remplacées par la «Junta Central de Gobierno», qui constituent le gouvernement espagnol opposé à celui de Joseph I. Pour la première fois, des représentants des colonies sont invités à venir exposer leurs points de vue. L'agitation et l'insatisfaction s'accroissent dans les territoires d'outre-mer.

         La révolution éclate à Santa Fé de Bogotá le 20 juillet 1810 (après l'incident du « Florero de Llorente» ). Une Junte Suprême de gouvernement est formée sous la présidence de Camilo Torres, auteur du «Memorial de Agravios» (condamnation sévère de la colonisation espagnole en Amérique). La Junte proclame l'exclusion des espagnols du gouvernement de la Nouvelle Grenade. La rupture totale avec l'Espagne provoque une brutale réaction du gouvernement de Madrid qui entreprend la «pacification» des territoires américains, 67 navires de 15.000 hommes aux ordres du Général Pablo Morillo, mettent le siège devant Cartagena qui résiste trois mois (1815). La répression est sévère et des centaines de personnes sont exécutées. En 1816, grâce aux luttes entre centraIistes et fédéralistes qui rendent difficile la situation politique et favorisent la reconquête espagnole menée par le Général Pablo Morillo, et au régime de terreur imposé par celui-ci, la domination espagnole est rétablie sur la plus grande partie des provinces de la Nouvelle Grenade.

         L'année 1819 est décisive : Simon Bolivar, présidant alors un gouvernement révolutionnaire au Vénézuela, franchit la Cordillère Orientale, bouscule les avant-postes espagnols au « Pantano de Vargas », et met en déroute l'armée du Général Barreiro au « Puente de Boyacá » (7 août 1819). Le «Libertador», secondé par Francisco de Paula Santander, fait son entrée triomphale à Bogotá le 19 août 1819. En septembre de la même année, le congrès d'Angostura (Vénézuela) établit les trois départements qui composent la Première République : Cundinamarca, VénézueJa et Quito. Bolivar est élu Président, et Francisco Antonio Zea Vice-président. La première Constitution est donnée en 1821 par le Congrès de Cucutá.

         Mais cette union ne dure pas. Bolivar, accusé d'avoir des visées dictatoriales, échoue dans son projet grandiose de création des Etats-Unis d'Amérique du Sud. En 1828, une conspiration est menée à Bogotá dans le but de l'assassiner (c'est la «conjuracion septembrina»). Le « Libertador » meurt seul à Santa Marta le 17 décembre 1830, alors qu'il voulait quitter définitivement la Colombie. La Constitution de 1832 réorganise la République, dans les limites de la Nouvelle Grenade coloniale, et Santander en est élu Président.

LA RÉPUBLIQUE

Voir : Pendant tout le XIXè siècle, la Constitution et les institutions de la Colombie seront modifiées en fonction des pressions des deux grands partis, le libéral (fédéraliste, qui voulait soustraire la politique à l'emprise de la religion) et le conservateur (soutenu par l'Église et partisan d'un État centralisé), qui occupent alternativement le pouvoir. De nombreux changements marqueront profondément la société : l'abolition de l'esclavage en 1851, puis en 1853 la séparation de l'Église et de l'État. La Constitution fédérale de 1863 est remplacée par la Constitution de 1886, de caractère unitaire.

Les guerres civiles se succèdent, plus ou moins généralisées. En 1899 éclatent des mouvements séditieux dans le Santander et le Cundinamarca, et les troubles s'étendent à tout le pays: la " Guerre des Mille Jours " (1899 – 1903) ravage le pays. Cette guerre civile fait près de cent mille morts. Un nouveau mouvement séditieux, du groupe indépendantiste Amador Guerrero, éclate à Panama en 1903, et la Colombie abandonne le Panamá, sous la pression des Etats-Unis. Par un traité signé en 1922, les Etats-Unis s'engagent à payer une indemnité de 23 millions de dollars à la Colombie.

La vie intérieure du pays est relativement peu troublée par la suite, malgré les effets de la crise des années trente. La stabilité politique accompagne l'expansion économique (café, pétrole). Entre 1930 et 1948 les libéraux reviennent au pouvoir et tentent une politique réformiste. C’est d’abord le directeur d'un journal Eduardo Santos, qui exerce la présidence. Alfonso Lopez lui succède en 1942 pour démissionner en 1945. Alberto Lleras Camargo achève le mandat. Aux élections de 1946, c'est le conservateur Mariano Ospina Pérez qui occupe la présidence.

Le 9 avril 1948, tandis que la Conférence Panaméricaine est réunie à Bogotá, le leader libéral Jorge Eliécer Gaitan est assassiné. Une émeute sanglante éclate, que les forces armées mettent trois jours à réprimer, tandis que la capitale est mise à sac et que l'insurrection s'étend au reste du pays. C'est le « Bogotazo», point de départ d'une exceptionnelle période de violence, avec une guerre civile connue sous le nom de « La Violencia » et qui va durer jusqu'en 1953 et provoquer 300.000 morts. Le président conservateur Laureano Gomez est renversé par le coup d'Etat dirigé par le Général Rojas PinilIa, commandant en chef de l'armée (13 juin 1953). Grâce à l'amnistie promise, la guerre civile est pratiquement terminée, mais la violence continue dans les campagnes (apparition de milices de défense paysanne). Rojas Pinilla gouverne en dictateur jusqu'en 1957, quand les chefs de l'armée lui demandent de prendre le chemin de l'exil en Espagne.

En 1958, libéraux et conservateurs créent le Front National, sorte d’arrangement permettant d'alterner à la présidence jusqu'en 1974 en partageant les postes gouvernementaux. C'est ainsi que se succèdent Alberto LIeras Camargo, libéral (1958-1962), Guillermo León Valencia, conservateur (1962-1966), Carlos Lleras Restrepo, libéral (1966-1970). Misael Pastrana Borrero, conservateur (1970-1974).

Parallèlement, dès 1957 (mouvement agraire de Marquetalia) et pendant toutes les années 60, commencent à s’organiser des groupes guerrilleros d’idéologie marxiste, à l’origine des FARC ou FARC – EP (« Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo »), de l’ELN («Ejercito de Liberación Nacional») dont une des figures particulièrement charismatique fut le Père Camilo Torres, puis de l’EPL («Ejercito Popular de Liberación»). Cependant, durant les années 70, ces groupes perdent de l’importance tant sur le plan numéraire que tactique.

Sous le gouvernement d'Alfonso Lopez Michelsen (libéral, 1974-1978), le Front National est prorogé pour l'administration publique, puisque le président fait entrer des ministres conservateurs dans son gouvernement et dans les principaux emplois publics. C'est en 1974 que surgit le groupe guerrillero M-19, « Mouvement du 19 avril » (Jaime Bateman).

Julio César Turbay (libéral) est élu de justesse en 1978 contre le conservateur Belisario Betancur, et adopte une politique identique à celle de son prédécesseur. En 1980, 25 guerrilleros du M-19 prennent en otages 14 ambassadeurs au cours d'une réception à l'ambassade de la République Dominicaine, et ce pendant 4 mois, dans le but d'obtenir la libération de 311 prisonniers politiques, ce qu'ils n'obtiendront pas. Une année plus tard est créé le Cartel de Medellin, après l'enlèvement de la fille du narcotrafiquant Fabio Ochoa par le M-19 (en 2 mois, 100 partisans de la guerrilla sont abattus).

Belisario Betancur (conservateur) accède à la présidence en 1982. Son gouvernement lève l'état de siège qui durait depuis 34 ans et promulgue une loi d'amnistie pour la guerrilla. C'est pendant son mandat que Popayán est presque complètement détruite par un séisme (1983), et que commencent les attentats narco-terroristes, avec l'assassinat de Rodrigo Lara Bonilla, Ministre de la Justice. En novembre 1985, les guerrilleros du M-19 occupent le Palais de Justice de Bogotá. Après l'assaut donné par l'armée sur l'ordre du Président de la République, le palais est incendié et il y a 95 morts, dont 11 magistrats. Quelques jours plus tard, la ville d'Armero disparait sous une coulée de boue du Nevado deI Ruiz.

Ses successeurs doivent faire face à la montée de la violence liée aux tensions politiques et au trafic de la drogue. En 1986 est élu le libéral Virgilio Barco.

Le cartel de la drogue assasine encore: Guillermo Cano, Directeur du journal Espectador (1986), Carlos Mauro Hoyos, Procureur Général (1988).

C'est aussi au début des années quatre-vingt que les guérrillas rurales reprennent de l’importance, grâce à de meilleures sources de financement provenant de la culture de la coca et d'enlèvements de personnes contre rançon.

Naissance des milices d’autodéfense, à l’origine du phénomène paramilitaire qui prendra toute son ampleur à partir de 1998.

L'année 1989 est particulièrement sanguinaire: le candidat présidentiel libéral Luis Carlos Galan est assassiné, un attentat fait exploser un boeing d'Avianca (107 morts), 500 Kg de dynamite placés devant le DAS tuent 53 personnes et font plus de 1.000 blessés.

C'est dans ce cadre de violence que se déroule l'élection présidentielle de 1990. Trois candidats sont assassinés. César Gaviria Trujillo (libéral) accède à la Présidence en mai 1990, en tant que «successeur de Galan», et tente alors une politique de réconciliation. Il décide, à peine investi, de convoquer un congrès constituant. Il s'agit d'adapter la charte fondamentale de la Colombie, vieille de plus de 100 ans, aux réalités du monde moderne, aux exigences d'une démocratie mieux partagée et aux transformations subies par la société colombienne, dont il entend mieux associer toutes les composantes, y compris les minorités indigènes et les anciens guerrilleros repentis (M19). La nouvelle constitution est adoptée en juillet 1991. L'état de siège est levé et l'amnistie accordée aux trafiquants de drogue qui se rendent.

La lutte contre les narco-trafiquants marque un tournant, en 1993, lorsque Pablo Escobar, le chef du cartel de Medellin est tué par les forces de sécurité du gouvernement.

Ernesto Samper (libéral) est élu en 1994 avec au programme le «Pacto social» visant à mieux répartir les fruits de la croissance, corriger les déséquilibres sociaux du pays et à donner une couverture sociale aux 12 millions de déshérités que compte le pays. Cependant, il est accusé d'avoir reçu six millions de dollars de la part du Cartel de Cali pour financer sa campagne, ce qui provoque une crise politique interne et un grave incident diplomatique avec les États-Unis. Suite à cela, une loi autorisant l'extradition de nationaux colombiens est votée en 1997.

En 1998 Andrés Pastrana, candidat conservateur est élu Président. Il concède aux FARC une zone démilitarisée de 42.000 km² dans la région du Caguan, dans le cadre d’une politique de négociation qui échoue. Pastrana renoue diplomatiquement avec Washington et lance en août 2000 le «Plan Colombia», avec le soutien actif du président Clinton, incluant lutte anti-drogue, renforcement des capacités militaires de l'armée colombienne et réformes sociales.

En février 2002, la candidate présidentielle Ingrid Betancour est enlevée par les FARC, et rejoint les plus de 2000 séquestrés de ce groupe dissident. En mai de la même année, Alvaro Uribe (libéral) remporte les élections présidentielles (avec 53 % des voix) et est réélu en 2006 avec une majorité écrasante (62 % des voix au premier tour). Le 02 juillet 2008, après plus de 6 ans de captivité, Ingrid Betancourt retrouve la liberté avec 14 autres prisonniers des FARC, dont 3 nord-américains, grâce à l’opération « Jaque », coup de maître des Forces Armées Colombiennes.