GRIPPE AVIAIRE  MISE AU POINT – DÉCEMBRE 2005

La grippe aviaire, ou grippe du poulet, est une infection virale dûe à Influenza Virus A, pouvant atteindre presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages migrateurs ou domestiques ( poulets, dindes), mais également d’autres espèces animales comme le porc ou d’autres mammifères. Le type H5N1, sévissant actuellement en Asie du Sud-Est, est fortement contagieux et entraine une mortalité très élevée chez les oiseaux. La transmission se fait soit par voie aérienne ( sécrétions respiratoires), soit par contact direct avec les sécrétions respiratoires ou matières fécales des animaux malades, soit de façon indirecte par l’intermédiaire de la nourriture, de l’eau, du matériel utilisé dans les granges et des vêtements contaminés.Après une période d’incubation de 3 à 5 jours, les volailles présentent une diminution de l'appétit, une réduction considérable de la production d'œufs, puis la mort dans 90 à 100 % des cas.

Ce virus peut se transmettre de l’animal à l’homme soit par voie aérienne lors de contacts étroits, prolongés et répétés, dans des espaces confinés avec des sécrétions respiratoires ou des déjections d’animaux infectés, soit par l’intermédiaire des mains souillées par les fientes. Les personnes les plus exposées sont donc celles qui travaillent ou interviennent dans une zone contaminée : les éleveurs, les techniciens des fermes et coopératives, les vétérinaires, les équipes de dépeuplement ( d'euthanasie des volailles contaminées),de nettoyage et de désinfection, les équarrisseurs, et le personnel technique des laboratoires de diagnostic et de recherche.

La transmission du virus aviaire à l’homme actuellement n’est donc possible que dans certaines circonstances très particulières. La grippe aviaire, dans les pays touchés est actuellement au stade d’épizootie avec cas sporadiques humains. Chez l’homme, la maladie apparait après une incubation pouvant durer jusqu’à 7 jours, et se présente d’abord comme une grippe banale ( fièvre très élevée, maux de gorge et de tête, toux, courbatures, fatigue intense), puis s’aggrave rapidement du fait de troubles respiratoires sévères, complications dûes au virus lui-même ou aux surinfections bactériennes, voire septicémie.
Il n’y a pas encore eu de cas de transmission inter-humaine du virus H5N1.
La contamination d’homme à homme pourrait se produire si le virus aviaire mutait et devenait susceptible de s’adapter plus facilement à l’humain, ou en cas de réassortiment viral. Cette dernière situation est réalisée lorsqu’ un même individu ou animal ( par exemple le porc) est infecté à la fois par le virus aviaire et le virus de la grippe humaine. Les virus sont capables alors d’échanger leur matériel génétique, engendrant l’apparition d’un nouveau type de virus pouvant être très létal ( s’il s’agit par exemple de H5N1) et très contagieux ( comme l’est le virus de la grippe humaine), apte à diffuser très vite. Un tel réassortiment génétique pourrait être à l’origine d’une nouvelle pandémie grippale mondiale, comme cela s’est déjà vu dans le passé ( grippe asiatique en 1957, grippe de Hong-Kong en 1968).
Il n’existe pas encore de traitement préventif ni curatif de la grippe aviaire.       
Les traitements, mis en oeuvre chez les humains atteints d’infection grippale, visent à diminuer les symptômes et les complications, restaurer un certain bien-être aux malades et à conserver leurs grandes fonctions organiques et l’oxygénation, jusqu’à guérison. Néanmoins, dans certains cas, un traitement anti-viral, par Oseltamivir (Tamiflu ®), soit post-exposition, soit à titre préventif pour les travailleurs des fermes exposés au risque, pourrait être proposé. Ce médicament, raccourcit la durée de la maladie de 1 ou 2 j et pourrait diminuer sa gravité chez les patients à risque ( personnes âgée, jeunes enfants, immunodéprimés, porteurs de maladies chroniques comme hémoglobinopathies, diabète, asthme, maladies rénales, etc...). Il n’est efficace que s’il est administré 48 h au plus après l’apparition des symptômes. Son administration doit être courte pour éviter l’apparition de souches virales résistantes. Le Zanamivir intranasal est peu efficace et les autres anti-viraux comme l’Amantadine et la Rimantadine n’offrent aucun avantage. Les réserves d’Oseltamivir (Tamiflu ®) doivent donc être destinées en priorité aux personnes à risque.

Même si le Tamiflu est susceptible de diminuer l’impact de la maladie sur le plan individuel chez certains patients, ce médicament ne peut en aucun cas être considéré comme préventif sur un plan collectif. Il est donc inutile de constituer des réserves de ce médicament à la maison et illusoire de croire en son efficacité totale. D’autre part, la prise de ce médicament comporte des risques et il ne doit être administré que sous contrôle médical. Les autorités sanitaires préparent un protocole d’utilisation du Tamiflu ®. Les antibiotiques, eux, sont inactifs sur les virus et ne sont utilisés qu’en cas de surinfection bactérienne.
La stratégie de lutte contre la maladie chez l’homme doit donc reposer d’abord sur la prévention de la contamination humaine: éviter toute exposition au virus ( port de masque et vêtements spéciaux), hygiène et éducation des travailleurs des granges et leur famille en Asie du sud-Est, ainsi que des garde-champêtres dans les zones où séjournent les oiseaux migrateurs, et la mise en quarantaine des malades déclarés. Le vaccin contre H5N1 est encore en phase d’étude. Le vaccin contre la grippe humaine ( virus inactivé) commercialisé annuellement ne protège pas contre H5N1, mais pourrait avoir l’avantage de limiter le risque de réassortiment génétique évoqué plus haut. Il devrait être appliqué en priorité aux personnes travaillant au contact d’oiseaux susceptibles de se contaminer, et s’étendre aux voyageurs, aux commerçants, etc... jusqu’à couvrir toute la population. On est en droit de penser également qu’il pourrait y avoir éventuellement immunité croisée partielle entre la souche vaccinale humaine et le nouveau virus émergeant en cas de pandémie. Il est clair que le virus émergeant peut aussi être complètement différent des virus antérieurs.
En ce qui concerne les oiseaux, les mesures de lutte sont le diagnostic précoce et rapide de la maladie, la notification et l’abattage massif. C’est ce qui a été pratiqué dans les foyers d’épizootie en Asie du Sud-Est ces deux dernières années, avec succès.                                                         
La consommation de volailles et d’oeufs ne présente pas de risque ici. En Colombie, le virus H5N1 n’a pas été décelé lors des contrôles vétérinaires et de laboratoire de routine, réalisés par les instituts de vigilance sanitaire. De surcroît, le virus est détruit à des températures supérieures à 60º, et par l’acidité du liquide gastrique. Néanmoins, il vaut mieux bien se laver les mains à l’eau et au savon après manipulation de viande de poulet cru. Et il est conseillé de bien faire cuire les oeufs.

Continuez donc à manger du poulet et des oeufs sans crainte !

Glossaire:
Épizootie: maladie affectant brutalement un grand nombre d’animaux à la fois dans une région donnée.
Épidémie: forte augmentation dans le temps et dans l’espace des cas d’une maladie.
Pandémie: forte augmentation dans l’espace et dans le temps des cas d’une maladie, diffusant rapidement à l’ensemble des pays, accompagnée d’un nombre important de cas graves et d’une mortalité élevée, simultanément dans plusieurs pays.

Sites à consulter:

Consulter régulièrement la page Internet du Ministère de la Santé: www.sante.gouv.fr

Dr Nicole BENOIT.
Pour le Journal de BOGOTÁ-ACCUEIL.